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 la scène folk américaine des années 60

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vox populi
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Date d'inscription : 09/05/2009

MessageSujet: la scène folk américaine des années 60   Jeu 12 Jan - 12:54

En ce moment je réécoute beaucoup les premiers enregistrements de Bob Dylan.
Ces chansons incitent l'auditeur curieux à s'interesser aux musiciens qui ont influencé le Zim durant ses jeunes années.
On s'apercoit que derrière Dylan il existait un mouvement folk d'une incroyable vitalité.
Ce topic est dédié à tous ces artistes

Et a tout Seigneur tout Honneur

Woody Guthrie







Guthrie c'est la base du folk contestataire. Il s'engage très jeune dans l'action politique et débarque après de nombreuse péripéties à New York où Il devient l'un des favoris de Greenwich Village.
Fier de ses convictions politiques engagées, il inscrivait sur toutes ses guitares la phrase : This Machine Kills Fascists (« Cette machine tue les fascistes »). Il participe en 1941, en compagnie de Pete Seeger, à la création des Almanac Singers, un groupe folk dont le but est de militer en chantant l'actualité sociale et politique des États-Unis.. Ses textes réputés à l'image de son tempérament sont portés par une musique reconnue comme brute et sans fioritures.

L'influence de Guthrie sur Dylan n'est un secret pour personne. Sa voix, son écriture engagée, jusqu'au look du zim, tout respire Guthrie a tel point que la première chanson que Dylan a écrite après sa venue à New York était un hommage à son idole.

Mais l'influence de Guthrie sur le Zim a sans doute très largement dépassé l'aspect purement musical.

L'Appétit de Dylan pour la musique et la culture en rêgle générale au début des années 60 a sans doute été influencé par le comportement de son mentor, car Guthrie n'étais pas un plouc, ni même un bouseux du Midwest, bien qu'y étant né. Il avait au contraire reçu une éducation solide en même temps que des connaissances approfondies et de l'expérience. Il n'a d'ailleurs jamais cessé d'alimenter cette culture tout au long de sa vie. Il avait beaucoup lu et était devenu très instruit. Moses (Moe) Ash qui produisit tous les enregistrements de Guthrie depuis 1944 et qui a également fondé Folkways Records en 1949, se souvenait que " passé les premiers instants de la conversation marquée par un accent léger, la conversation de Guthrie tournait rapidement à l'érudition"

Autre point, Guthrie était également un dessinateur accomplie, Il aimait faire vivre en esquisses les scènes qu'il racontait. On peut en voir quelques-unes dans son livre " En route pour la gloire ", Il ne fait pas de doute que Dylan en a vu d'autres ici ou là. On ne peut s'empêcher de noter que beaucoup des esquisses tracées par Dylan en 1961 se rapprochent trait pour trait du style de Guthrie tant dans le fond que dans la forme.

Au delà de cet aspect "culturel" c'est toute la philosophie de Guthrie qui a influencé le jeune Dylan

Un chapitre du livre "en route pour la gloire " de Guthrie marqua particulièrement Dylan.
Dans ce chapitre Guthrie décrivait en quelques mots une idée de la liberté qui marqua sans doute très profondément la conscience du jeune Dylan

Guthrie : " Je voulais être mon propre patron. Avoir mon propre boulot quel qu'il soit et me débrouiller tout seul. Je marchais dans les rues au milieu de la poussière tourbillonnante en me demandant ce qui m'attendait, où j'allais et ce que j'allais faire. Toute ma vie n'était plus qu'un grand point d'interrogation. Et j'étais la seule personne au monde à pouvoir répondre…Je voulais regarder les faits d'un peu plus près pour en retirer quelque chose, quelque chose qui ferait de moi un être humain ou quelque chose comme ça : libre de travailler pour moi seul et libre de travailler pour tout le monde

On retrouvera ce besoin de liberté dans les interviews fantasmés de Dylan et plus généralement dans tous les choix de carrière du zim longtemps, bien longtemps après la lecture de ce livre.

Pourtant l'empreinte de Guthrie sur le Zim est devenue très vite envahissante pour ce dernier. La rupture symbolique s'est déroulé lors d'un concert à " Town Hall " en avril 1963

Par une ironie du sort, le concert était présenté par Harold Leventhal, celui-là même qui avait pris en main la gestion ingrate des affaires de Woody Guthrie pendant les années précédentes. Dylan, après avoir commencé le concert par une adaptation un peu terne de deux morceaux inspirés par Guthrie qu'il jouait déjà l'année précédente pour se faire la main, poursuivit par une démonstration merveilleuse des talents d'auteur qu'il s'était forgés depuis son arrivée à New York deux ans auparavant. A l'exception de ces deux clins d'œil, l'un tourné vers le blues, l'autre vers la musique folk anglo-américaine et qu'on retrouve sur son premier album, Bob avait présenté ses propres chansons : soit quelques vingt morceaux, dont plus de la moitié pouvait être facilement considérée comme l'œuvre d'un génie (à 21 ans seulement).

A la fin du concert, sans doute au rappel, Dylan sortit une liasse de feuilles de la poche de sa veste en daim élimée et commença la récitation d'un long poème en prose. (J'avais ça à tout hasard, fit-il, hypocrite), soit quelques 194 vers lancés à vive allure dans une diction claire avec guère plus de pause que ses respirations. Avait-il fait ça auparavant, le ferait-il ensuite pendant les quarante années à venir ? Je ne crois pas. Par chance, le concert était ce soir-là enregistré par la Columbia Records et c'est certainement à ce hasard qu'on doit la publication de ce poème pour la première fois dans " Ecrits et dessins " en 1973. Il reçut le titre de " Dernières pensées sur Woody Guthrie ". Nous ignorons si ce titre a été donné par Dylan lui-même. Il n'a en tout cas rien dit de tel avant la lecture qu'il en a faite au Town Hall Center.

Tout l'impact de ce poème réside dans sa construction. Dylan ne fait qu'une seule référence à Woody. Avant cela, il n'est fait qu'une seule fois mention de sa découverte d'un Dieu. Les vers restants évoquent des moments de la vie du jeune Dylan (ou de tout autre jeune dans cette Amérique des années 60) tandis qu'il vagabonde, s'émerveille, espère, redoute et déteste ce qu'il voit de ces terres arides que sont pour lui devenus les Etats-Unis d'après guerre. " Hé Dieu tout-puissant, ça ne peut pas être la réalité ", dit-il en guise de conclusion. Mais alors où trouver un antidote moral à tout cela ? En 1963, vous avez le choix entre aller à l'église pour y trouver Dieu ou aller à l'hôpital de Brooklyn pour y trouver Woody Guthrie. C'est tout dire de l'importance de Guthrie pour Dylan qui avait trouvé là son évangile, jusqu'en 1979, date de sa conversion au christianisme.

A partir de ce concert Dylan écrira sa propre légende reniant presque parfois l'impact de Guthrie sur son oeuvre comme dans cette interview de 1965

" Guthrie n'a pas vraiment d'influence… sur ce que je fais maintenant… Son influence plane sur mon premier disque, sur le deuxième et le troisième. Cette influence s'estompe dans le quatrième… Quand je parle d'influence, je pense à une influence totale, que ce soit dans l'écriture ou dans l'interprétation… Son influence… résidait dans la façon de parler. Son influence est présente encore dans les thèmes abordés, dans le phrasé, dans des trucs comme ça. Mais à l'heure actuelle, il n'y a pas de véritable influence ".
(A Nat Hentoff, Bureaux de Columbia, New York, Octobre ou Novembre 1965).

Pourtant Nous savons que Dylan fut le premier musicien à appeler Harold Leventhal la nuit de la mort de Guthrie afin d'offrir sa participation à tout concert lui rendant hommage. C'est ainsi qu'il vint chanter I Ain't Got No Home accompagné du Band (pas encore connu sous ce nom bien entendu) au Carnegie Hall en janvier de l'année suivante. Il avait réservé au morceau une tonalité profondément rock.

En rendant hommage à un chanteur de folk sur un air rock, Dylan a, en quelque sorte, ce soir là, tué définitivement le Père.

Sources
http://www.bobdylan-fr.com/articles/liensdylanguthrie1.html

http://www.bobdylan-fr.com/articles/liensdylanguthrie2.html
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JeffreyLeePierre
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MessageSujet: Re: la scène folk américaine des années 60   Ven 13 Jan - 18:01

Bravo !
A écouter en bande son, les 4 volumes CD de "Woody Guthrie - The Asch Recordings" du Smithsonian Folkways. J'espère que c'est encore trouvable. C'est excellent.

(Si j'ai le courage, je relis Manhattan Folk Story, titre français de The Mayor of McDougal Street, et j'écris un truc sur Dave Von Ronk).
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