Shelter From The Storm


 
AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  Connexion  

Partagez | 
 

 Hors sujet nécessaire

Aller en bas 
AuteurMessage
Oyster
This Land Is Your Land
avatar

Nombre de messages : 9032
Localisation : In the pines
Date d'inscription : 19/04/2005

MessageSujet: Hors sujet nécessaire   Mer 24 Mai - 4:35

Je prends quelques pincettes, parce-qu’on pourra penser que ce post n’a rien à foutre ici. Mais pourtant, être féru de Dylan, cela suppose un certain engagement, ne serait-ce que sentimental, non ?
Notre cher Bob fut promu en son temps leader de la contestation, apôtre de la paix, etc. etc. Avec, à côté de cela, les désastres ou les maladresses que l’on connaît : Mozambique, Neighborhood Bully (je pense que vous êtes d’accord sur ce point)… C’est sans doute à rapporter à cette tempête identitaire, cette multiplicité qui a agité Dylan pendant quelques années, parce-que l’engagement est une chose ô combien difficile et délicate (soit nous sommes les mieux placés pour nous engager, et dans ce cas là c’est un DEVOIR – déterminisme, quand tu nous tiens – ; soit, la fêlure mondiale nous jetant du mauvais côté, nous nous rabaissons à faire partie d’un certain « Axe »)… Bref, je ne vais pas m’égarer en vaines réflexions nocturnes.

Simplement je voulais vous parler d’un (bon) journaliste dont vous avez peut-être entendu le nom, Christophe de Ponfilly. Cette personne me semble tout à la fois symboliser et dépasser la problématique énoncée à l’instant. Avec humanisme et générosité. Christophe de Ponfilly, reporter français, a rencontré, et sympathisé avec, le commandant Ahmad Shah Massoud en Afghanistan. Massoud s’était levé contre l’invasion soviétique de 1979 et avait rassemblé les tribus afghanes dans la vallée du Panjshir, sous l’appellation d’Alliance du Nord, dans les années 90, pour lutter contre les talibans.

Lorsque les Soviétiques ont envahi ce "petit pays de paysans ignorants" qu’était l’Afghanistan, tout le monde s’est étonné de ce que la résistance parvenait à s’organiser et à mettre en péril la grande Armée Rouge – laquelle n’avait de cette couleur que le sang de ses victimes. A l’époque, le commandant Massoud était allié à d’autres moudjahidins (littéralement « combattants de la foi ») qui plus tard deviendraient ses pires ennemis. Mais il s’agissait de rassembler pour lutter durablement (dix années avant la débâcle finale des soviétiques).
Lorsque l’armée russe quitte le pays, officiellement le 15 février 1989, elle laisse derrière elle un pays exsangue. Le pouvoir prétendument communiste installé à Kaboul vacille.
Les résistants afghans finiront par le renverser le 16 avril 1992. Massoud devient Ministre de la Défense. Mais le nouveau gouvernement se déchire. C’est le chaos à Kaboul. Massoud démissionne le 7 mars 1993.

C’est le début de l’offensive fondamentaliste, assise sur les disputes intestines et les jeux stratégiques des pays voisins. Massoud prend la fuite cependant que s’installent les talibans. On sait la suite : les années d’obscurantisme et de haine. Le Lion du Panjshir tient bon dans sa vallée, mais il est ignoré. Les talibans occupent 80% du territoire, et Massoud est isolé. Ce n’était pas un homme de pouvoir, mais un homme de résistance, un homme d’idéal (encore une antinomie à soulever) : héros, poète et rassembleur, avec ses défauts certes… Comme celui de ne pas pratiquer l’anglais. A l’époque, on s’intéressait peu à Massoud, alors même que De Ponfilly s’efforçait sans résultats de le faire connaître en Occident.

En 2001, invité enfin au Parlement Européen, Massoud avait prévenu du risque d’embrasement global : dans son pays ravagé par le fanatisme, et dont nul ne se souciait, les turbans noirs hébergeaient un certain Ben Laden qui s’apprêtait à frapper. Peine perdue pour les braves. Massoud a été assassiné deux jours avant les attentats du 11 septembre, par deux faux journalistes ayant dissimulé une bombe dans leur caméra.
Christophe de Ponfilly écrivait alors dans son livre Massoud l’Afghan :
« Ce monde m’écœure et me rend triste, comme cette tristesse d’avoir perdu un ami, un frère de courage et d’absolu dont je respectais le combat et que je n’oublierai jamais. »

L’histoire est morbide, et elle se répète. « Une première fois comme grande tragédie, une seconde fois comme misérable farce. » (1)

Christophe de Ponfilly est mort la semaine dernière. Il s’est suicidé alors qu’il venait de terminer la réalisation d’une fiction qui devrait sortir sur les écrans d’ici quelques temps (mais il convient de se renseigner.)
Pendant ce temps, l’horreur reprend son cours en Afghanistan. « Pays lointain, pays en guerre, dont tout le monde se fout. » (2). Et tant de vies gâchées…

ARTE rediffuse jeudi à 22H15 le film Massoud L’Afghan. Il va sans dire que je vous invite à le regarder, et ça n’a rien à voir avec de la propagande.

(1: K. Marx)
(2 : Ouverture du film Massoud L'Afghan, dont l'ouvrage est disponible aux Editions du Félin et Arte éditions.)


Quelques liens toujours utiles :

Sur le commandant Massoud :http://ahmadshahmassoud.free.fr/
Sur Christophe de Ponfilly : http://www.interscoop.com/Pages/cvponf.html
+ voir l'article
Sur l’Afghanistan : http://www.afghana.org/html/index.php?op=edito-nonews

Merci.

(Les remarques, commentaires, questions ou objections sont évidemment bienvenus, je tâcherai d’y répondre.)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
odradek
This Land Is Your Land
avatar

Nombre de messages : 8153
Date d'inscription : 16/04/2005

MessageSujet: Re: Hors sujet nécessaire   Mer 24 Mai - 14:46

Merci Monsieur Huître : je vais y regarder de plus près !
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Ali Z
This Land Is Your Land
avatar

Nombre de messages : 463
Localisation : Nantes
Date d'inscription : 23/09/2005

MessageSujet: Re: Hors sujet nécessaire   Mer 24 Mai - 15:36

Je ne pourrais malheureusement pas regarder, mais la magie des magnéto opère encore.
En tous cas tu présentes bien le sujet, accrocheur.

Il est plus sombre ce loup.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Oyster
This Land Is Your Land
avatar

Nombre de messages : 9032
Localisation : In the pines
Date d'inscription : 19/04/2005

MessageSujet: Re: Hors sujet nécessaire   Mer 24 Mai - 23:49

Je suis heureux que ce post aie reçu bon accueil. Merci beaucoup à vous. J’en profite pour rajouter quelques mots et quelques liens, pour ne pas que l’on oublie, c’est peut-être présomptueux de ma part mais j’ose croire que ça fait partie d’une nécessité.

Triste nécessité historique...

Le film dont Christophe de Ponfilly venait d’achever le tournage ne sera pas visionné au festival de Cannes. Ils en ont pas voulu. Ils s’en foutent, là-bas. Cannes, c’est un petit bout de Paradis. Que leur importe le tumulte afghan, les espoirs de Ponfilly et des compagnons de Massoud jetés aux flammes d’une guerre qui n’en finit pas depuis vingt ans ?
Les mots de Massoud ont été oubliés. Il faut croire que la vision de Christophe de Ponfilly aura subi le même destin.
Il y a quelque-chose de terrifiant dans le film Massoud l’Afghan. Ce film est sorti en 1998. A la fin, Ponfilly prie pour la survie de Massoud. Il espère que le commandant survivra, ce commandant qui en appelle au soutien des puissances occidentales. Il faudra attendre que Massoud meure et que deux tours tombent pour voir l’occident dérouler un tapis de bombes en guise de salut.
L’histoire a cela de pervers. Ponfilly écrit : « On s’en moque des Afghans. L’Occident a pourtant été prévenu du danger. Les erreurs des services de la CIA ont mis le feu aux poudres. Et le monde a laissé faire. Le régime des taliban s’est installé à Kaboul. Personne n’a aidé ceux qui le combattaient. Personne. Silence. Désert. Je deviens fou. La colère me fait autant mal que la tristesse. Mes films, mes livres n’ont intéressé que ceux qui savaient écouter. Pas assez racoleurs sans doute ! » Il a fallu des années de massacres, un héros mort et une volée de kamikazes pour que l’extérieur réagisse… avec absurdité. Violence. Et pour retourner aussi vite que possible à sa tranquille ignorance.
De Ponfilly a persisté, animé par l’énergie du désespoir sans doute. Avec des phrases et des plans simples que le monde entier aurait pu comprendre si seulement…

La triste et plate vérité, c’est que dans notre monde, on a que faire du voisin. Ce voisin, ça peut être un petit afghan qu’on laisse crever de faim. Ca peut-être aussi l’humaniste qui habite à deux pas de là. Christophe de Ponfilly s’est tiré une balle dans la tête. C’est l’histoire qui a guidé sa main. Notre histoire.

Liens à voir :

Pour saluer de Ponfilly, in memoriam salutaire.

Pour Massoud, avec un discours édifiant du commandant.

Hommage en anglais, richement illustré, très beau.

L'étoile, reportage sur le dernier tournage.

Sur Arte demain jeudi à 22h15. Vous me ferez part de vos sentiments, suivez l'exemple de jadalized, faîtes chauffer le magnétoscope...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Oyster
This Land Is Your Land
avatar

Nombre de messages : 9032
Localisation : In the pines
Date d'inscription : 19/04/2005

MessageSujet: Re: Hors sujet nécessaire   Ven 26 Mai - 1:59

Il est curieux de constater que Bob Dylan est partout… Les idées que l’on se fait sur lui, fondées ou non, liées à son image, à son empreinte, servent de références. La complexité et la densité du personnage y sont pour beaucoup. Un grand personnage parmi les grands personnages.

Page 16 de Massoud l’Afghan : « Qui est vraiment Massoud ? (…) Ah, il fallait entendre doctor Laurence, comme disaient les Afghans, en parler avec chaleur :
- De tous les commandants afghans, Massoud est le plus surprenant. (…) Quelque chose de Bob Dylan dans le charme, à moins que ce ne soit une expression de Che Guevara !
»

Bob Dylan, Che Guevara, Massoud… Un chapelet de rêves que l’on égrène perdu dans le réel, quelques ombres et lumières d’une utopie toujours à refaire, l’élan toujours à recommencer. Un travail de Sisyphe qui fait vivre autant qu’il tue, De Ponfilly l’aura compris. La part périlleuse de cette passion, ses zones de ténèbres, on la distingue nettement dans l’interview ci-jointe que je vous convie à regarder. Prévoyez un peu de temps, ça dure 13 minutes, mais cela vaut le détour, le coup d’œil et de réflexion, après le film de ce soir. Il faut écouter la petite musique de l’espoir et prêter l’oreille aux marches funèbres.

Visionner l’interview : accéder au site des éditions Montparnasse

--------------------------------------------------------------------------------------

Autres liens, pour ne pas conclure :

Archive : sur ce site vous trouverez un extrait d'une interview de Massoud par de Ponfilly. Ils étaient encore jeunes ; on entend Massoud parler en français.

Hommage du Festival Etonnants Voyageurs.

a360.org : une des dernières conversations.

--------------------------------------------------------------------------------------

Extraits d’une rencontre de Christophe de Ponfilly avec des internautes, chat publié par Libération le 20 septembre 2001. Sont évoquées les ingérences extérieures en Afghanistan, et les aspirations de Massoud. Je placerai plus tard ici, si cela vous intéresse, la Lettre ouverte aux Etats-Unis de De Ponfilly, assez longue et très documentée.

Internaute : Comment avez-vous fait la connaissance de Massoud?
Christophe de Ponfilly : J'ai rencontré Massoud en 1981 pour la première fois. Déjà à cette époque, les Soviétiques étaient en Afghanistan depuis décembre 1979 mais dans les médias on faisait peu de portraits d'Afghans.
Avec Jérôme Bony, nous avions décidé d'entrer clandestinement en Afghanistan pour décrire qui étaient les paysans afghans qui tenaient tête à cette puissante armée soviétique. C'est là que nous avons rencontré Massoud pour la première fois et avons réalisé le premier film qui a fait connaître Massoud en Occident et qui s'appelait «Une vallée contre un empire».
Internaute : Quelles ont été vos conditions matérielles (transport, hébergement, nourriture) durant vos voyages en Afghanistan?
A cette époque, on rentrait clandestinement par la frontière pakistanaise, la nuit. On devait marcher 1.000 km aller-retour à pied à travers les montagnes de l'Hindidou-koush car, en Afghanistan, il y a peu de routes et il fallait franchir des montagnes avec 14 cols à 5.000 m d'altitude. C'est vous dire pourquoi on trouvait peu de journalistes pour aller parler de ce qui se passait en Afghanistan. Et pourtant, durant les dix années qu'a duré la présence soviétique en Afghanistan, qui a entraîné la destruction de la société afghane et la perte de plus d'un million d'Afghans, plus d'un millier de Français ont franchi comme moi cette frontière interdite et ont appris a connaître la population afghane. Ceux-là, aujourd'hui, ceux qui savent, sont horrifiés par la manière caricaturale dont on parle de l'Afghanistan.
Personnellement, à partir de ce premier film tourné en 1981, je me suis attaché au combat de ces Afghans et à la personnalité de Massoud. Tous les trois ans, je suis revenu en Afghanistan suivre cette dramatique histoire. A la tristesse d'avoir perdu un ami, s'ajoute la colère de voir combien à cause de la rapidité de transmission des informations, on aborde la situation en Afghanistan de manière schématique, oubliant trop souvent que les pauvres paysans afghans sont depuis plus de vingt ans victimes de jeux machiévaliques du monde politique. Les Américains ont soutenu le plus fondamentaliste des soi-disant résistants afghans, M. Gulbudine Hekmathyar. C'est lui qui, en 1992, avec l'appui aussi des services secrets pakistanais, n'a pas hésité à bombarder la capitale de son pays, Kaboul, où Massoud et ses troupes étaient entrés sans faire de dégâts.
Internaute : Dans votre reportage, vous revendiquez un parti pris. Ne craignez-vous pas que cette subjectivité ne desserve vos propos?
Après avoir fait 8 films pous sensibiliser les Occidentaux sur la cause afghane, j'ai eu l'impression que le journalisme, en se tenant à la soi-disant distance de l'objectivité, finissait par ne pas toucher les personnes à qui il s'adressait. Pour la première fois, j'ai utilisé le "je" afin de créer un lien solidaire entre les Afghans que je filmais, moi Français qui les filmais, et les Français téléspectateurs qui allaient regarder le film.
Internaute : Pourquoi Massoud n'a-t-il pas réussi à réunir politiquement ceux qui ont battu les communistes?
L'Afghanistan est un pays complexe. Avec une population constituée d'une grande multitude d'ethnies, non pas trois ethnies comme on nous l'a décrit, hier soir au journal de TF1, mais de 15 ethnies. Il a toujours été difficile, surtout après le sabotage de cette société par les Soviétiques, de fédérer des groupes qui ne discernaient pas correctement les enjeux.
Massoud pourtant avait réussi à rassembler des Ouzbeks, des Hazaras, et bien sûr des Tadjiks dont il faisait partie. Mais il avait en face de lui les taliban, les milices arabes et les services secrets pakistanais. Et personne, en Occident, n'est venu l'aider à faire cesser les ingérences.
Internaute : Massoud était-il un démocrate ?
Massoud avait un rêve, c'est que des élections soient organisées en Afghanistan. Pour cette raison, je pense qu'il aspirait à la démocratie qui jusqu'à présent n'existe pas en Afghanistan. Il était religieux, certes, mais considérait que les mollahs n'avaient pas à se mêler des affaires de la cité. Il avait toujours l'habitude de remettre les mollahs à leur place. Ainsi, lorsqu'il était à Kaboul, dès 1992, je l'avais vu défendre le poste de la présentatrice du journal de la télévision de Kaboul devant des mollahs qui voulaient qu'elle soit remplacée par un homme. Il y a quelques mois, il avait signé une charte défendant l'égalité des droits entre les hommes et les femmes.
S'il avait fait des erreurs dans le passé, il était arrivé à une maturité qui aurait fait de lui aujourd'hui notre meilleur allié, et celui de nos valeurs.
Internaute : Pensez-vous que "l'attentat" contre Massoud deux jours avant les attentats contre les Etats-Unis soit plus qu’une coïncidence ?
Oui, sans doute, en assassinant Massoud avec l'utilisation de la même technique, un commando suicide, ceux qui ont attaqué les Américains faisaient ainsi disparaître un allié qui nous aurait été précieux à tous.
Internaute : Quelle influence peut avoir le retournement de veste diplomatique du Pakistan sur la situation en Afghanistan?
L'attitude pakistanaise est à mon avis la chose la plus immonde. Que ceux qui savent constatent: les services secrets de l'armée pakistanaise encadraient et alimentaient en hommes et en munitions les taliban. Depuis 1995, ils n'ont cessé de tenter de détruire Massoud. Et d'installer ces fous islamistes en Afghanistan. Aujourd'hui, entendre les Américains remercier le gouvernement du Pakistan de sa collaboration contre les terroristes, c'est comme si on apportait son pardon et on effaçait les crimes d'un très grand criminel.
Internaute : Pensiez-vous qu'un jour, votre film serait rediffusé à la mort de votre ami? Que ressentez-vous à l'idée que votre film soit devenu une nécrologie?
Dans la guerre et la tragédie d'Afghanistan, j'ai appris souvent la mort d'amis afghans. Je m'étonnais toujours de la vie de Massoud. C'était comme s'il avait une bonne étoile. Le plus douloureux aujourd'hui est qu'il nous manque alors que la tragédie est devenue mondiale et qu'il aurait été bien utile. Ma tristesse, aussi, est de n'avoir jamais été entendu.
En voyant le film, les gens sensibles se rendront compte avec horreur et tristesse de ce que nous avons perdu à cause de l'aveuglement de nos hommes politiques. Massoud n'a jamais été aidé par l'Occident.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Oyster
This Land Is Your Land
avatar

Nombre de messages : 9032
Localisation : In the pines
Date d'inscription : 19/04/2005

MessageSujet: Re: Hors sujet nécessaire   Sam 27 Mai - 0:35

LETTRE OUVERTE DE CHRISTOPHE DE PONFILLY AUX ETATS-UNIS :

" Votre Nation est immense. Votre Nation est riche. Votre Nation est puissante, et belle à bien des égards. A moins de vous perdre dans l’illusion de vos rêves et de vos mythes, elle ne peut se permettre d’ignorer toute la vérité sur les causes du drame dont vous êtes aujourd’hui les victimes. Alors que le 11 septembre 2001 s’inscrit parmi les jours les plus funestes de votre Histoire, il semble étrange et inquiétant qu’un autre événement, -l’assassinat du commandant Massoud-, n’ait retenu, -à de très rares exceptions près-, aucune attention de vos média. A l’heure où vous préparez votre riposte, vous risquez d’attiser, dans le monde musulman, un feu de haine. Quelques combattants de l’ombre, et de cette haine, n’attendent que vos erreurs pour commettre encore et encore d’autres actes de terreur.

A la force, pour vaincre sans périr, vous le savez, il convient d’ajouter intelligence, habileté et finesse. A l’action, il faut joindre la pensée. Penser en homme d’action, agir en homme de pensée, prendre son temps et tout savoir. La pensée ne doit exclure aucune connaissance de la réalité, fusse-t-elle gênante. Et surtout, surtout ne pas schématiser. Si votre risposte frappe hors de la cible (qui s’est cachée depuis plusieurs jours) vous allez propager le mal que certains de vos services ont, hélas, fait déjà germer dans ces terres d’intolérance, d’ignorance, d’intégrisme et de fanatisme sans savoir où cela mènerait. Alors que Dieu vous garde ! Et nous tous avec vous...

Avant que vos média se concentrent exclusivement sur l’immense drame qui endeuille votre société, le dimanche 9 septembre, dans une vallée du Nord-est de l’Afghanistan, un autre attentat, suicide lui aussi, a été commis contre Ahmad Shah Massoud, homme historique d’Afghanistan que vous avez ignoré pour des raisons que nous sommes nombreux à ne pas comprendre.
Faut-il donc vous expliquer la valeur de cet homme qui vient de payer de sa vie d’avoir été, sur sa chère terre d’Afghanistan, le chef charismatique d’une résistance obstinée contre les Talibans ? Faut-il vous préciser, qu’étant devenu l’adversaire redouté des Arabes et des Pakistanais engagés dans le soutien aux Talibans, il a subi le même sort que chacune des victimes américaines ? Lui n’était pas innocent comme les victimes des attentats commis sur votre territoire, mais il se battait pour une liberté dont vous connaissez la valeur et pour sa culture. Afghan libre, musulman modéré, homme de paix, combattant de la première heure, Massoud aurait le droit de figurer en tête de liste des victimes de ce terrorisme sans morale. Son assassinat a eu lieu avant les attentats-suicides qui vous ont meurtris et ce n’est sans doute pas un hasard. Mais pourquoi donc n’a-t-il aucune place dans vos yeux d’Américains, dans vos pensées, dans vos coeurs ? Faut-il vous écrire que Massoud a été ce héros des montagnes qui a mis à mal l’armée soviétique tellement diabolisée par vos militaires ? Faut-il vous confier qu’il n’a cessé de vous mettre tous en garde contre les dangers dont vous venez d’être aussi les victimes ?

Ses assassins n’étaient pas afghans mais d’origine arabe. Porteurs de passeports belges (volés) ils se sont présentés comme des journalistes. Aux dires d’une journaliste française qui les a rencontrés, ignorant leur noir dessein, ils étaient calmes, avaient l’air cultivé, ne ressemblaient aucunement à des illuminés. Ils étaient pourtant aussi fanatiques que les criminels pirates de l’air qui ont jeté vos avions sur votre monde de richesses et de puissance. Eux aussi étaient mandatés pour une mission précise, bien pensée, soigneusement calculée, longuement préparée. Et eux aussi avaient accepté de mourir pour une cause : détruire ceux qui ne sont pas de leur univers d’islam wahabite. Dans leur caméra était caché de l’explosif ! Dans leurs regards ils voyaient la mort de Massoud pourtant lui aussi musulman. Ce 9 septembre, dont aucune chaîne de télévision américaine ne parle, fut donc marqué par une interview sans enregistrement, ultime temps consacré par Massoud à vouloir faire entendre au monde extérieur sa lutte contre l’intolérance. Ainsi, dans un bureau grand comme un placard du World Trade Center de New-York il y eut une déflagration, dévastatrice, qu’aucune caméra ne filma. Là aussi l’horreur fut celle de corps déchiquetés : ceux des deux criminels, de Massoud, d’un garde et d’un de ses proches conseillers, Massoud Ralili, homme lucide et ami du temps des combats contre les Soviétiques. Le lien entre cet attentat-suicide et ceux perpétrés, trois jours plus tard, à New-York et à Washington, est évident. L’ignorer revient à passer sous silence une partie des causes qui ont amené à la situation actuelle.

Le 11 septembre, vos média ont rapidement désigné comme suspect numéro un des attentats contre votre Nation Oussama Ben Laden, terroriste saoudien, ami des Talibans, déjà accusé en 1998 des attentats meurtriers de vos ambassades de Nairobi (Kenya) et de Dar-es-Salaam (Tanzanie). Un ennemi qui, décidément, possède une sacrée puissance, incarnant le diable à lui tout seul. Il est vrai qu’il est milliardaire et que l’argent, vous êtes bien placés pour le savoir, sert à acheter ce que l’ont veut : des compétences, des complicités humaines, même des existences et, sans doute, à condition d’y mettre le prix : des morts... Je ne peux pas croire que vous pensez qu’il est seul contre vous. Oussama Ben Laden est une image. Ces dernières années, des journalistes l’ont trouvé dans la ville de Kandahar. Vos services auraient pu l’exécuter. Pourquoi ne l’ont-ils pas fait ? Derrière l’image de ce diable existe une réalité de complicité de haine qui implique bien d’autres arabes fanatiques, quelques Talibans criminels et de nombreux militaires pakistanais directement compromis dans la mise en folie et la destruction d’un Afghanistan libre et indépendant. Votre Nation vient de subir des attaques qu’elle pensait inimaginables sur son territoire. Elle ne sait plus comment réagir, se trouve comme sonnée, percluse de tensions, de tristesse et de sentiments de vengeance.

Je me demande pourtant si le monde virtuel avec lequel vous flirtez de plus en plus souvent ne vous joue pas un tour tant l’audace et le mal de l’agression sont grands. Alors que vos télévisions débitent reportages sur reportages, reprenant, à l’infini, les images les plus spectaculaires des explosions et les séquences les plus émouvantes, des commentaires de tout bord se font entendre. A aucun moment Massoud et le combat des Afghans amoureux de paix et de liberté n’a été mentionné.
Pourquoi ?

Pourquoi, si peu de personnes, chez vous, osent rappeler que vos services secrets ont joué avec le feu qui vient de vous brûler ? Pourquoi aussi n’avoir pas tendu l’oreille pour écouter ceux qui vous parlaient d’Afghanistan avec justesse ? A se croire invulnérable on finit par s’affaiblir. Apprendre des erreurs, c’est ce que Massoud était en train d’accomplir. A vous aussi de ne pas manquer l’usage de l’expérience. De Paris, qui représente un minuscule point sur la carte du monde où vous êtes si puissants, j’ose me joindre à ceux qui rappellent que vos services secrets, dont vous attendez aujourd’hui qu’ils fassent toute la lumière sur les réseaux terroristes, semblent à bien des égards suspects. Leur implication dans les jeux machiavéliques du passé de l’Afghanistan a aujourd’hui des conséquences qu’on aurait tort de passer sous la gomme de l’oubli.

N’allez pas voir dans cette mise en accusation une parmi d’innombrables manifestations d’anti-américanisme. Il n’en est rien. J’aime sincèrement l’Amérique et je suis triste de ce qui vous meurtrit. Mais aimant aussi l’Afghanistan, j’ai, en moi, une expérience de terrain et quelques fragments de vérité qui m’empêchent de me taire. Pour avoir connu et suivi Massoud à travers ses combats, -contre les Soviétiques d’abord, puis contre les Talibans et leurs soutiens- j’ai acquis la certitude qu’il y avait en lui la détermination d’un juste. Pourquoi l’Amérique l’a-t-elle à ce point ignoré, tout comme elle n’a pas entendu ses avertissements concernant les dangers que ses ennemis faisaient planer sur le monde ? Cruel, triste et terrible constat : vos morts sont là, résultat de votre aveuglement. Alors que Massoud aurait objectivement dû devenir votre allié dans la lutte contre le terrorisme musulman, il vient de succomber à ses blessures, assassiné par ceux-là même que vos services ont aidé et qui vous, et nous haïssent tant. Mais les hommes de Massoud vivent et vous devez les aider.

J’aime l’Amérique mais ne comprend pas votre si fréquente ignorance des mondes hors de vos frontières. Vos chaînes de télévision qui fabriquent leurs génériques d’éditions spéciales comme des bande-annonces de films à grand spectacle, font peur. Ne risquent-elles pas de vous enfermer sans cesse dans des fictions ? Généreuse, courageuse et solidaire votre population, mise à vif, est prête à la guerre oubliant celle du Vietnam qui a fait tant de victimes et rien résolu, celle du Golf qui a masqué la réalité de véritables tragédies, celle de Somalie qui n’a rien réglé, celles de frappes chirurgicales qui font des tâches et des meurtres... Faire la guerre n’est peut-être pas la solution la plus efficace pour lutter contre un ennemi qui vous échappera toujours si vous ne le connaissez pas autant qu’il vous a étudié. Les pauvres Afghans qui vivent dans la guerre depuis plus de 20 années, eux, n’ont pas à payer pour une poignée de fous que vos hommes de l’ombre ont alimenté en armes et en dollars.

Car il s’agit bien de voir les choses en face et le répéter pour ne pas l’oublier : pendant des années, votre CIA a soutenu les plus fondamentalistes des Afghans, faisant naître des monstres maintenant incontrôlables. Quantité d’hommes étrangers à l’Afghanistan (Algériens, arabes des Emirats, Palestiniens, Saoudiens, Soudanais...), sont venus s’entraîner à faire la guerre et la guérilla durant des années. Choisir les plus musulmans d’entre eux et en voir les plus efficaces adversaires des Soviétiques, était un pari tordu et primaire.

Les Occidentaux qui connaissaient le terrain, Français pour la plupart, ont tout fait pour le faire comprendre à vos spécialistes. En vain ! Celui qui combattait les Russes avec le plus d’efficacité, c’était Massoud, pas ceux qui recevaient le soutien américain ! En 1992, celui qui réussit pourtant à prendre Kaboul des mains des communistes afghans (trois années après le retrait des troupes soviétiques d’Afghanistan), c’était encore Massoud. Hélas pour le peuple afghan, en cette année 92, personne n’est venu aider à désarmer une population qui ne savait faire que la guerre ou la subir. Massoud n’a pas pris le pouvoir, l’a laissé à un président qui a humilié les Pachtounes aujourd’hui Talibans. Cinq semaines après l’entrée des hommes de Massoud dans la capitale afghane, Gulbudine Hekmathyar, avide de pouvoir, jaloux de Massoud, prêt à tout et soutenu par votre CIA, a fait bombarder la ville sans répit. Comment vos services secrets ont-ils pu se tromper à ce point ? Comment et pourquoi ont-ils choisi d’écouter les Pakistanais dont l’obsession a toujours été de tenir tête à l’Inde et garantir leur profondeur stratégique en contrôlant l’Afghanistan ? N’ont-ils pas vu, vos spécialistes pourtant non dénués d’intelligence, n’ont-ils pas perçu, dans leurs savantes analyses prospectives, qu’il y aurait, un jour, un danger à miser de la sorte ?

L’intérêt pour vous, Américains, pour nous Occidentaux, n’aurait-il pas dû être de soutenir Massoud qui demandait de l’aide, qui voulait des élections, qui voulait désarmer la population, qui, en fait, parlait de paix après ses erreurs de Kaboul ?
Non, vous avez ignoré cet homme. Vous avez même aidé, dans un deuxième temps, le mouvement des Talibans que les Pakistanais vous présentaient comme étant les seuls à pouvoir enfin ramener la paix en Afghanistan. Une de vos compagnies pétrolières, dans une alliance avec une compagnie saoudienne (Unocal et Delta) s’est même mise à croire en la possibilité de construire un gazoduc pour amener, à travers l’Afghanistan, le gaz naturel du Turkmenistan jusqu’aux ports pakistanais. Les dollars reçus par les Talibans ont alors servi à acheter des commandants moudjahidin pour leur faire rendre les armes, certes, mais conduire la guerre contre Massoud et l’Alliance du Nord. Que ces Talibans soient entourés d’arabes fanatiques et de conseillers pakistanais n’a, de toute évidence, jamais gêné vos services secrets. Que la folie extrémiste des Talibans ait existé et ne se soit pas privée d’infliger ses mesures radicales à la face du monde, ne vous a pas, apparemment, donné envie de voir de plus près de quoi était fait ce qui déterminerait l’avenir ?

Etrange mépris de la réalité des hommes. Vos services ont utilisé des êtres humains comme s’il s’agissait de pions sur un échiquier. Ils ont acheté ceux qui pouvaient être achetés, les sans-loi. Mais la pâte humaine n’est pas toujours aussi maléable qu’on le croit. Les raisons qui font vivre les hommes ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Vos services ont semé un feu dont vous êtes aujourd’hui les victimes. A présent, l’heure est grave : alors que vos services secrets ont à désigner les coupables, ne choisissez pas la loi du talion pour détruire ceux que vous avez si peu compris et que vous caricaturez encore aujourd’hui dans vos média. Faites attention, je vous en prie : la population afghane, dans la richesse de ses ethnies et de sa culture, n’a pas à payer pour des crimes qu’elle subit depuis si longtemps. Sa résistance doit être soutenue. En Afghanistan, les responsables criminels sont peu nombreux, vos services les connaissent peut-être mieux que nous puisqu’ils ont été longtemps leurs interlocuteurs. Oussama Ben Laden, coupable ou bouc emissaire, est parti se cacher et se réjouira de vous voir multiplier les erreurs pour mieux allumer le feu de la révolte contre notre Occident. Si vos moyens technologiques vous permettent de le localiser, la précision sera votre victoire. Mais il est loin d’être seul, vous le savez. Car l’Afghanistan n’est pas le seul endroit du monde où se préparent les combattants de la haine.

En assassinant Massoud, vos ennemis ont rendu plus opaque la réalité afghane. De grâce, n’oubliez jamais que vous étiez heureux de voir les paysans afghans tenir tête, avec courage et dignité, à l’armée soviétique. Votre Président Reagan les appelait alors les combattants de la liberté. Une démocratie comme la vôtre a besoin de lucidité pour continuer à être une réalité.

Les raisons de la haine dont vous êtes victimes sont aussi à rechercher en vous-même... en nous-même également puisque nos hommes politiques n’ont pas su, eux aussi, aider Massoud venu demander, il y a quelques mois, à Paris et à Strasbourg de faire pression sur le Pakistan. Dieu vous garde de vos représailles. Ne mettez pas le feu dans un jardin exsangue où vos représentants ont fait naître des broussailles, soyez précis, sages et généreux. Il en va ainsi des Nations qui veulent rester grandes et riches et puissantes et belles et justes... et servez-vous de ceux qui savent."
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Oyster
This Land Is Your Land
avatar

Nombre de messages : 9032
Localisation : In the pines
Date d'inscription : 19/04/2005

MessageSujet: Re: Hors sujet nécessaire   Sam 27 Mai - 1:13

(Excusez-moi de poster ainsi deux messages à la suite ; la lettre ci-dessus étant assez longue, j’ai amélioré sa mise en page de façon à ce qu’elle soit plus aisément lisible. Je rajoute ici ce que je tenais à préciser, ainsi que quelques photos dont vous me direz des nouvelles. Ce Hors Sujet aura eu le mérite de m’apprendre à faire des liens bien comme il faut, et à poster des images !)

Il ne m’appartient pas de faire un commentaire de cette belle lettre qui parle par elle-même. Je ne la connaissais pas avant le décès de son auteur. Je l’ai ici mise en ligne dans son intégralité, en prenant la seule liberté de mettre en gras certains détails. Ces mêmes détails qui faisaient, qui font la différence de Christophe de Ponfilly : il ne cède ni aux sirènes de la vengeance, ni à celles d’un anti-américanisme que l’on a pu retrouver en France chez Thierry Meyssan, et combien d’autres… Des détails qui témoignent de la gravité de cette perte, comme de celle de Massoud, qui disait : « Nous nous battons pour la liberté. Le pire serait de vivre esclaves. On peut tout avoir : à boire, à manger, de quoi se vêtir, un toit où se loger… Si on a pas la liberté, si on a pas la fierté, si on est pas indépendant, cela n’a ni goût ni valeur. »

Pourquoi faut-il que les justes partent ? Pourquoi faut-il que parler soit si difficile, qu’informer tue ? La justesse de certains regards est salvatrice. Ces regards se sont retrouvés confrontés à un désert : celui du monde contemporain. Ahmad Shah Massoud et Christophe de Ponfilly reposent dans les sables d’une Histoire épouvantable, auprès de tout un peuple. Histoire de sang. De honte aussi. D’incompréhension et de silences assassins.



La désinvolture et l’ignorance avec lesquelles nos médias ont traité la mort de Christophe de Ponfilly me rappellent ce 9 septembre 2001. Christophe de Ponfilly n’aimait pas les armes : « Je crois qu’une caméra est plus efficace qu’une kalachnikov. » Mais c’est avec un revolver qu’il s’en est allé. Cette violence est l’ironie de notre temps. Les raisons du drame sont complexes et profondes, nous n’avons pas à les connaître toutes. De Ponfilly avait des enfants ; le commandant Massoud aussi…



Mes liens étant éparpillés dans ces lignes, je me suis permis d’en transmettre certains sur ce site, où vous en trouverez de nombreux autres très intéressants.

A lire : Vie et mort des assassins de Massoud, article du Monde.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Ali Z
This Land Is Your Land
avatar

Nombre de messages : 463
Localisation : Nantes
Date d'inscription : 23/09/2005

MessageSujet: Re: Hors sujet nécessaire   Sam 27 Mai - 16:08

Bon, mon père a zapé l'enregistrement( Evil or Very Mad ), mais à vue de ce qui se trouve ici, je peux me tenir au courant, M.Oyster quel implication!
Mes partiels finis (j-2), je me plonge dans cette lecture virtuelle.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Oyster
This Land Is Your Land
avatar

Nombre de messages : 9032
Localisation : In the pines
Date d'inscription : 19/04/2005

MessageSujet: Re: Hors sujet nécessaire   Dim 28 Mai - 0:50

jadalized a écrit:
Bon, mon père a zapé l'enregistrement( Evil or Very Mad ), mais à vue de ce qui se trouve ici, je peux me tenir au courant, M.Oyster quel implication!
Mes partiels finis (j-2), je me plonge dans cette lecture virtuelle.

Je suis en train d’essayer de m’impliquer… Ces écrits sont animés d’un immense regret.
Il paraît que la rediffusion de Massoud l’Afghan a battu des records d’audience : 900000 spectateurs sur Arte en deuxième partie de soirée ! Je me souviens de la larme que j’avais versé en le voyant au cinéma… C’était en 2001, quelques jours après l’assassinat du commandant ; le petit cinoche de ma bien petite ville avait organisé une séance en son hommage.
Puisque tu l’as raté, je te conseille de faire l’acquisition de l’ouvrage en format poche de Christophe de Ponfilly : Massoud l’Afghan, chez Folio. Moins cher que le format original. Cette lecture te donnera certainement envie de me demander la cassette !
Un trop court extrait peut être visionné ici, en plus de l'interview dont j’ai précédemment parlé.
(En attendant, bon courage et bonne chance pour tes exams !)



Immense regret… Que de causes perdues ! Que de lettres-mortes, et que d’espoirs déchus qui s’amoncellent dans les cercueils de l’histoire…
En l’an 2000, monsieur de Ponfilly accompagnait des Parlementaires Européens dans la belle Vallée du Panjshir pour rencontrer, enfin, le commandant Massoud. Un film en a été tiré : « La délégation de l’espoir. » Je recopie ci-après l’entretien tel qu’il a eu lieu (compte-rendu par l’agence Interscoop de De Ponfilly ) :

M. Bertrand Gallet :
Commandant Massoud, 10 ans après le départ des soviétiques, l’Afghanistan est toujours en guerre. Est-ce qu'on peut appeler cela une guerre civile comme on le dit à l'étranger ?

Commandant Massoud :
Cette guerre qui se poursuit en Afghanistan a pour principale cause les ingérences extérieures, en particulier celles du Pakistan en raison de ses vues stratégiques sur la région. Cette guerre d'Afghanistan n'est pas uniquement une guerre civile mais bien le résultat d'une ingérence extérieure.

Général Phillippe Morillon, Député Européen:
Commandant, est-ce que dans ces conditions, on peut imaginer qu'il y ait une solution militaire à ce conflit?

Commandant Massoud :
Nous l'avons dit de nombreuses fois et nous l'avons répété, le problème afghan n'a pas de solutions militaires. Il vaut mieux trouver une solution par la négociation politique.

M. Josy Dubié, Sénateur Belge :
Qu'est-ce qui vous oppose au talibans, autrement dit qu'elle est votre conception de l'Islam ?

Commandant Massoud :
Le comportement des talibans et leur conduite extrémiste ne correspondent en aucune manière à un Islam tolérant. Nous avons toujours été opposés aux tendances extrémistes de l'Islam et nous le sommes toujours. Nous n'avons eu de cesse d'insister pour défendre un Islam de tolérance profitable à tous les musulmans pour les Afghans, et pour le monde entier, et nous le défendrons toujours.

M. Richard Cazenave, Député Français RPR :
Commandant, l'Afghanistan est considéré aujourd'hui comme un Etat pourvoyeur de drogue, pourvoyeur de terrorisme aussi. Qu'en pensez-vous ?

Commandant Massoud :
Nous sommes d'accord, malheureusement, pour considérer que l'Afghanistan est ainsi après une longue période de guerre contre l'URSS. La principale raison de cet état de fait repose, à mon avis, sur la responsabilité du Pakistan et des groupes dépendants du Pakistan comme le groupe de Hekmaktiar et les talibans.

M. Jean-Michel Boucheron, Député Français, PS :
Et alors, dans ce cas, très concrètement, si vous étiez au pouvoir à Kaboul, que feriez-vous de Monsieur Ben Laden?

Commandant Massoud :Je vous dis très clairement que nous ne voulons pas voir l'Afghanistan devenir une base pour terroristes. Dans l'Afghanistan que nous dirigerons, il n'y aura aucune place pour les terroristes et Monsieur Ben Laden.

M. Jean-Michel Boucheron :
Toujours dans l'optique d'une prise de pouvoir à Kaboul, installeriez-vous la démocratie et également, en termes concrets, y aurait-il des élections, une personne, une voix ? Accepteriez-vous que les organismes internationaux viennent pour contrôler le processus électoral ?

Commandant Massoud :
Nous avons toujours insisté sur le fait, c'est notre profonde conviction, que la seule solution pour l'Afghanistan est la démocratie par la voie des élections. Chaque individu doit avoir une voix. Le jour où nous serons à Kaboul, nous organisons les élections sous l'égide des organismes internationaux.

M. Richard Cazenave :Toujours dans cette optique de réalisation de la démocratie de prise de pouvoir, êtes-vous favorable à l'égalité des droits pour les femmes, êtes-vous favorable au fait qu'elles aient le droit de vote et qu'elles soient éligibles, et auront-elles le droit à une éducation?

Commandant Massoud :

Oui, dans la démocratie que nous allons instaurer en Afghanistan, les femmes auront le droit de vote, elles seront éligibles et elles pourront travailler et étudier.

M. Josy Dubié :
Commandant Massoud, pour imposer ces réformes il faudrait une Union Nationale. Y a-t-il aujourd'hui un consensus entre les différentes ethnies de l'Afghanistan pour gouverner ce pays ?

Commandant Massoud :
Oui, dans le travail que nous avons commencé, on insiste sur les ethnies, non pas sur les partis politiques qui ont été créés antérieurement au Pakistan. Actuellement le Conseil de Direction qui se trouve à la tête de l'Etat Islamique d'Afghanistan est constitué de personnes issues des ethnies différentes. Nous insistons sur le fait que toutes les ethnies doivent être prises en compte. Chaque ethnie selon son importance doit être représentée.

Le général Morillon :
La communauté internationale participe à travers le monde au règlement de nombreux conflits. Elle est absente de ce pays. Qu'en attendez-vous ?

Commandant Massoud :
Il n'y a pas de doute à constater que la communauté internationale a oublié l'Afghanistan depuis longtemps, et c'est malheureux. Notre souhait est de voir la communauté internationale s'occuper en priorité de la paix dans notre pays. Et cette paix en Afghanistan ne sera possible qu'à condition que la communauté internationale fasse pression pour faire cesser les ingérences, en particulier celles du Pakistan. Je suis certain qu'avec une pression internationale le Pakistan renoncera à son ingérence. Alors seulement la paix sera possible en Afghanistan.

M. Bertrand Gallet : Commandant, le système des partis issus de la résistance est un échec. Visiblement, manifestement, l'Afghanistan a besoin d'un leader. Tous les regards se tournent vers vous. Seriez-vous prêt à assumer vos responsabilités s'il le fallait ?

Commandant Massoud :
Je suis prêt à servir le peuple d'Afghanistan, en particulier pour instaurer la paix. Je serai disponible pour assurer toute mission au service de mon peuple.

--------------------------------------------------------------------------------------

L’immense regret des mots… On parle de Ben Laden un an avant que le reste du monde apprenne son existence… ce qui ne l’a pas empêché de frapper. Rappelons que c’est Ben Laden qui a fait tuer le commandant Massoud.
L’immense regret de la mort du commandant… Lorsque le pouvoir lui était donné, il n’en a pas voulu. Il a réalisé son erreur lorsque lui et son peuple ont réalisé l’horreur du régime Taliban.
Massoud n’aura pas vu la prétendue « libération » de son pays… Et pour cause : son pays n’a pas été libéré. Il n’a été que ré-envahi. Replongé dans le même intemporel marasme, la même éternelle guerre.
L’Aghanistan est entré en guerre en 1978. En 1989, on comptait 1 Million et demi de morts. En 2006, la guerre, toujours, bientôt 30 ans, et les voix de Massoud et de Christophe de Ponfilly s’en s’ont allées dans le néant…

Christophe de Ponfilly s’interrogeait avec de plus en plus d’inquiétude sur la mission du métier de journaliste. Il se donnait une vocation qui rendrait jaloux n’importe lequel des reporters actuels des journaux télévisés. Il n’a pas été entendu. Et il aura été l’un des rares à comprendre le commandant Massoud. Silence. Il questionnait : « Tenir une caméra a-t-il encore un sens ? »
Bizarrement, avec le cynisme propre à l’Histoire, c’est une caméra, bourrée d’explosifs par les sympathisants de Ben Laden, qui tué Massoud. Absurde barbarie de notre temps, qui aurait pu être évitée. Incompréhensible absurdité de nos hommes politiques et de nos médias sans cœur. Sans le cœur, qu’est-ce qui a du sens ?

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Anthony
This Land Is Your Land
avatar

Nombre de messages : 237
Localisation : Auvergne, Allier, Neuilly-le-Réal
Date d'inscription : 25/05/2006

MessageSujet: MASSOUD et CHRISTOPHE   Sam 14 Oct - 14:34

ah !! je suis dsl d'avoir découvert cet article trop tard, mais je crois bien avoir vu le film, sur la 5 ou arte je sais plus,un journaliste qui commente son reportage ? filmant l'afghanistan en guerre et massoud parfois ? C'est peut être votre christophe ? je vous demande ça parceque ça fait un petit moment que je l'ai vu ce film ...

en tout cas mémoire à Massoud et Christophe ...
du moins pour un espoir de paix et que le message ne sera pas oublié et pris enfin en compte chez nous et partout dans le monde.

j'oubliais.. bravo à toi Mr Oyster!!
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://siddhatagotama.oldiblog.com/
Broots
Quinn The Eskimo (The Mighty Quinn)
avatar

Nombre de messages : 521
Localisation : de l'autre coté de la frontière
Date d'inscription : 28/01/2005

MessageSujet: Re: Hors sujet nécessaire   Dim 15 Oct - 18:56


lol on dirais dylan

_________________
Three legged men in hot lipped holes, tell 'em Tiny Montgomery says hello.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.zbmteam.net
dr.out
This Land Is Your Land
avatar

Nombre de messages : 4017
Age : 43
Localisation : 100 mètres au dessous du niveau de l'eau
Date d'inscription : 24/02/2006

MessageSujet: Re: Hors sujet nécessaire   Dim 15 Oct - 20:16

Tiens ! Un revenant...
Content de te revoir Very Happy

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.fuzzout.net/blog/
Ali Z
This Land Is Your Land
avatar

Nombre de messages : 463
Localisation : Nantes
Date d'inscription : 23/09/2005

MessageSujet: Re: Hors sujet nécessaire   Dim 15 Oct - 20:45

J'ai cru que tu parlais de Mr. Oyster Sad
Mais Broots est tjs une aura de bonheur quand il daigne dire bonjour à ses fidèles, hihi!
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
dr.out
This Land Is Your Land
avatar

Nombre de messages : 4017
Age : 43
Localisation : 100 mètres au dessous du niveau de l'eau
Date d'inscription : 24/02/2006

MessageSujet: Re: Hors sujet nécessaire   Dim 15 Oct - 22:52

Ali Z a écrit:
Mais Broots est tjs une aura de bonheur quand il daigne dire bonjour à ses fidèles, hihi!
MMMmmm... bientôt il pourra créer une secte si ça continue.
S'il faut y adorer le dieu Dylan moi je suis d'accord cheers

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.fuzzout.net/blog/
Anthony
This Land Is Your Land
avatar

Nombre de messages : 237
Localisation : Auvergne, Allier, Neuilly-le-Réal
Date d'inscription : 25/05/2006

MessageSujet: . . .   Lun 16 Oct - 15:21

au fait broot, brooce, bruce, tient jvais t'appeler bruce lol, c toi qui à créer ce forum ??
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://siddhatagotama.oldiblog.com/
Ali Z
This Land Is Your Land
avatar

Nombre de messages : 463
Localisation : Nantes
Date d'inscription : 23/09/2005

MessageSujet: Re: Hors sujet nécessaire   Lun 16 Oct - 23:52

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Oyster
This Land Is Your Land
avatar

Nombre de messages : 9032
Localisation : In the pines
Date d'inscription : 19/04/2005

MessageSujet: Re: Hors sujet nécessaire   Jeu 7 Déc - 14:33

Merci pour ces avis positifs, et bien le bonjour à notre administrateur errant !

Maintenant, y-a-t-il des cinéphiles dans la salle ? piqure de rappel, en ce moment sur les écrans, à voir, à voir avant qu'il ne soit trop tard :

L'Etoile du Soldat, bande annonce.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Hors sujet nécessaire   

Revenir en haut Aller en bas
 
Hors sujet nécessaire
Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Shelter From The Storm :: Généralités :: LIENS-
Sauter vers: