Shelter From The Storm


 
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 DISCORAMA - The Bootleg Series #4 Live 1966 (1998)

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hazel
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MessageSujet: DISCORAMA - The Bootleg Series #4 Live 1966 (1998)   Mer 9 Nov - 13:40

Le Dylan électrique, c’est comme l’Occupation française, on ne peut pas savoir de quel côté on aurait été, celui des défenseurs ou des opposants du génial poète. Ce que l’on peut savoir néanmoins, avec le recul, c’est que ce concert au Royal Albert Hall, est le témoignage live le plus puissant jamais publié.



En l’écoutant, dans le noir, les yeux fermés, c’est toutes ces images de « No Direction Home » qui reviennent en tête. D’abord, un Dylan pâle, amaigri, usé par une tournée anglaise aussi épuisante physiquement que mentalement. Les drogues qui circulent, les nuits sans sommeils, les hôtels où trainent les parasites. Un type tout faible qui affronte une horde cruel, et commence tranquillement, avec une partie acoustique terrifiante. Parce que c’est un fantôme, Dylan, il n’est pas là, il hante la salle, avec de longues improvisations dans son harmonica, et une voix trainante, qui n’y croit plus du tout. Pourtant, c’est beau. De longs poèmes vomis comme s’il voulait s’en débarrasser. « Visions of Johanna » n’a jamais aussi bien sonné, résonnant dans le vide, « the country music station play soft » et Louise tient des poignées de pluie, personne ne peut la défier. C’est à vous glacer le sang. Dylan ne peut pas lutter, jamais il n’a semblé aussi divin, comme s’il détenait une vérité absolue et qu’il était seul face à l’univers. Alors il continue, inlassablement, on a l’impression qu’il pleure parfois, il me fait pleurer. L’harmonica sur « M.Tambourine Man » me fait pleurer. C’est la mort d’un homme, la fin d’une époque, un tas de sentiments qui s’envolent à chaque fois qu’il souffle dans ce maudit harmonica, comme si son âme lui échappait. Je crois bien que le moment le plus émouvant de toute la discographie de Dylan, c’est cet harmonica, à ce moment précis.

Dylan est mort, et il ressuscite devant les yeux d’un public qui ne peut pas l’accepter, qui ne comprend pas. Comment leur en vouloir, on était pas là, à leur place, on ne peut pas juger, on a trop de recul pour ça. Et avec le recul, on peut dire que c’est puissant, très puissant. On tremble dès que les premiers coups de tonnerres retentissent, dès que l’électricité est enfin dans l’air. Dylan fait jouer ses copains avec lui, il peut enfin s’amuser, laisser toute la rage qu’il a contenu dans son harmonica pendant le set acoustique nous exploser à la gueule. Je frémis dès que j’entends le groupe s’accorder, ces premières notes d’orgue et ces bruits de pas. Et d’un coup, c’est parti et on n’arrête plus les Hawks. « Tell Me Momma », et Dylan sort du coma. Il est libre et va droit devant. Il gueule dans son micro, agitant les bras dans tout les sens, dans une posture qui lui donne un air plus christique que jamais, avec ce rayon de lumière qui l’entoure. Le public est sur le cul, et Dylan s’en fout, il plaisante, se fout de la gueule du monde. Il est déjà en transe et hors du monde lorsqu’il attaque « Just Like Tom Thumb’s Blues », et se ballade Rue Morgue sous acide. Impossible d’arrêter la machine, on est hypnotisé par cette voix qui vomit du désespoir et de la haine au fur et à mesure que le public devient hostile, que même le plaisir échappe à un gamin qui, à l’origine, est un artiste de music-hall, pas un putain de chanteur folk, il veut la piétiner cette enveloppe. Alors qu’il se transforme, personne ne le regarde ou l’écoute, il se fait juste siffler. « Ballad of a Thin Man » et son orgue virevoltant, on dirait qu’elle est joué dans une véritable église cette chanson, c’est un sermon acerbe jeté en pâture aux moutons, et Dylan se marre, mais au fond, il souffre, ça ne l’amuse plus tant que ça de faire le pitre.

Et « Judas » finit par tomber, aussi rigolard que cruel. Il est fier de lui, le malin. Et Dylan de répondre que c’est un menteur, et que pour calmer les menteurs, pour prouver que lui il a raison, il ordonne à ses camarades de jouer putain de fort. D’envoyer la sauce et au fond, on entend ce son de caisse tellement familier. Vlan, c’est parti, la plus géniale, la plus folle, la plus puissante des versions de « Like A Rolling Stone » débute. Il faut avoir les images en tête, visualiser Dylan, seul contre tous, dans une dernière joute avec son public, s’égosiller, laisser le refrain monter au ciel, « How Does It Feeeeeel », et l’harmonica dont ressort une fureur, terrible. Allez, rien à foutre, prenez ça dans vos gueules, moi je me casse. Rideau. Hymne nationale. Bruits de pas. Portes qui claquent. Et quelques mois plus tard, pneus qui glissent et la folle tournée est stoppée net.



Parfois oui, j’aime éteindre la lumière, allumer des bougies, et écouter ce disque au casque. Revivre ce moment que j’ai l’impression d’avoir vécu mille fois. Avoir la chair de poule. Avoir moi aussi envie de gueuler, de tout foutre en l’air. C’est le concert le plus fou et le plus puissant et le plus beau qui existe, que je connaisse en tout cas, une véritable expérience religieuse, pleine de symboles, avec un martyr et à la fin, on ne sait plus qui trahit qui. On sait juste que ce cri de désespoir, il fait autant de mal que de bien, avec du recul ou pas, c’est une aventure à chaque écoute, un film, quelque chose de mythique. C’est Bob Dylan, à son apogée.

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JeffreyLeePierre
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MessageSujet: Re: DISCORAMA - The Bootleg Series #4 Live 1966 (1998)   Mer 9 Nov - 23:41

Superbe introduction.
Merci.

Celui-là, je l'avais acheté à New-York, 1997, recouvert de la fameuse photo avec les masques ( http://www.bobsboots.com/CDs/cd-l36.html ).

Quand l'officiel est sorti, j'ai un peu hésité. Pas longtemps. Le temps de voir le track listing et qu'il était plus complet.

Et l'harmonica de "Mr Tambourine Man" est aussi, forcément, un des grands moments pour moi.
Et l'écouter au casque, bien naze (avec l'état second que cela provoque), est une sage recommandation.

(J'aurais du mal à écrire comme ça sur un des grands disques de Dylan. Je ne saurais pas quoi inventer pour tenter de refléter l'émotion qu'il provoque. Je t'envie un peu.)
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Soledad
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MessageSujet: Re: DISCORAMA - The Bootleg Series #4 Live 1966 (1998)   Mar 6 Mar - 1:48


Comme JeffreyLeePierre, je ne saurais m'étendre sur cet album, de peur de ne pas trouver les mots justes.

A l'écoute de Mr Tambourine Man j'ai du lâcher mes premières larmes d'émotion musicale..
Il est avec Blonde on Blonde l'album qui me conforte dans l'idée que cette période reste pour moi la plus touchante de Dylan.
Il y a une telle fatigue dans ce live, et l'absorption de quelconques substances j'imagine (je ne m'y connais cependant pas) fait qu'il ne semble plus totalement sur terre, et du coup, nous non plus.
Un vrai rêve éveillé en vérité.

C'est toujours étrange, selon quand je l'écoute, sa voix me fait l'effet d'un ton tantôt réconfortant, tantôt semblant exprimer une vraie ironie, voire un foutage de gueule, comme s'il se moquait de ses propres textes.

Et puis Tell Me momma est vraiment super. Ces changements de rythmes et de tonalités infernaux.

Bref, si j'avais un rêve ... C'aurait sans doute été d'y avoir été présente.


Ps: Et sinon oui, une superbe introduction Hazel Wink Un réel talent d'écriture c'est certain. Le problème est qu'en passant après toi, on a toujours peur de paraître complètement illetré Rolling Eyes





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used_spoon
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MessageSujet: Re: DISCORAMA - The Bootleg Series #4 Live 1966 (1998)   Mar 6 Jan - 19:42

Je jette un pavé dans la marre.

Est-ce que le live a Edinburgh ne serait pas meilleur ?

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hazel
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MessageSujet: Re: DISCORAMA - The Bootleg Series #4 Live 1966 (1998)   Mar 17 Mai - 22:53

C'était il y a 50 ans aujourd'hui. Et on le joue toujours putain de fort.


Bob Dylan - Like a Rolling Stone (1966) par alexnesic66

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MessageSujet: Re: DISCORAMA - The Bootleg Series #4 Live 1966 (1998)   

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DISCORAMA - The Bootleg Series #4 Live 1966 (1998)
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