Bonjour Rogojine, Bonjour Broots!
Comment ai-je découvert Dylan? C'est une longue histoire… Je ne me souviens pas du "choc" du siècle, mais c'est une accumulation de petites touches qui me l'ont rendu indispensable.
La première approche, c'est grâce à Richard Anthony, qui avait adapté Blowin' The Wind, en 63 ou 64. J'avais bien aimé la chanson, mais le Bob Dylan des crédits sur la pochette n'avait rien éveillé de plus que les auteurs des autres chansons chantées par les idoles "yé-yé" de l'époque (il y avait des tonnes d'adaptations de chansons anglaises ou américaines et peu d'oeuvres originales françaises).
Puis le "Subterranean Homesick Blues" qui passait sur Salut les Copains m'avait mis la puce à l'oreille, car complétement "hors normes" de l'époque.
Dans le même temps, Hugues Aufray (qui était mon chanteur préféré – tiens, je suis allé le voir la semaine dernière en concert au Théâtre du Gymnase, à Paris) commençait à parler dans des interview d'un jeune prodige américain, puis a adapté Mr Tambourine Man (dans la foulée des Byrds)…
Mais entre temps, j'avais aussi mis la main sur quelques 45 tours (The times They Are A Changing, Gates Of Eden…) qui détonaient par rapport "au reste".
Puis l'été 65 (donc, j'avais 15 ans) Like A Rolling Stone! Jamais rien entendu de tel! (Vient d'ailleurs d'être sacrée meilleure chanson du siècle par un public de professionnels…).
Puis tout s'est enchaîné, le LP "Aufray chante Dylan", Positively 4th Street, les premiers albums de Dylan que je me suis procurés (pas facile à trouver et je n'étais pas riche…) et toute "la folie" de l'époque 65/66 (Highway 61 / Blonde On Blonde) que j'ai pu suivre en direct… jusqu'à l'accident de moto.
Dylan ne m'a plus quitté depuis…
Donc, au contraire de vous, je n'ai presque pas eu à remonter le temps (en fait, les 3-4 premiers albums "folks"). Le reste, je l'ai découvert en direct (puisque à chaque nouvelle sortie je me précipite dans ma quincaillerie favorite…).
D'où la deuxième question sur les virages artistiques…
Comme tout le monde, j'ai essayé de comprendre, voire d'expliquer Dylan (en fac, je faisais d'ailleurs pas mal de prosélytisme…). Donc j'avais moi aussi ma théorie (schématique) sur l'évolution Dylanienne…
Peut-on réellement comprendre ou expliquer Dylan? "Chronicles vol 1" reflète-t-il la vérité vraie? Y a-t-il une vérité vraie d'ailleurs… 40 ans plus tard nous avons tous plus ou moins tendance à raconter l'histoire en oubliant certains détails ou en donnant de la valeur à des faits qui étaient en pratique anodins à l'époque… Donc, je ne sais pas trop.
Il y a des monceaux d'essais sur le sujet, rédigés par des gens bien plus talentueux que moi…
Ce que je sais, c'est que l'existence de Dylan - personnage? musicien? ou pur concept?...- m'a beaucoup apporté tout au long de ma vie. Surtout dans les moments difficiles. Et rien que pour cela, je ne l'en remercierai jamais assez. He was there, that's all.
Je suis athée… Dylan est-il devenu pour moi un substitut de divinité nécessaire? Mais j'ai toujours gardé l'esprit critique vis-à-vis de lui.
Donc ses virages artistiques… J'apprécie certains disques plus que d'autres (sans être forcément en phase avec "la critique" du moment). Mais quand on sait comment il travaille, on se dit que chaque galette est une somme de hasards, qui a donné un résultat x à un moment y, et qui aurait pu être radicalement différente à quelques jours ou quelques détails près…
J'ai aimé – ou pas, j'ai rouspété, j'ai même dû parfois dire qu'il se foutait du monde ou qu'il ne s'était pas trop foulé… et parfois j'ai presque eu la larme à l'œil (encore récemment avec le sublime "Cross The Green Mountain")… Mais s'il avait toujours fait la même chose depuis tout ce temps, serait-il toujours là aujourd'hui?
Donc il faudrait peut-être que j'écrive aussi mes mémoires… (lol).
Rogojine, pour terminer pour aujourd'hui, es-tu au courant d'un colloque (Bob Dylan 's Performance Artistry) organisé par l'Université de Caen et la Maison des Etats-Unis sur Dylan, du 10 au 12 mars prochains (lien sur Expecting Rain, le 26 janvier). Comme tu es dans le coin, ça pourrait peut-être t'intéresser.
Et comme tu parlais de Blonde On Blonde, ce soir je me referai bien un petit coup de "Sad Eyed Lady Of The Lowlands". Qui est ma chanson préférée de toute son œuvre.
Bien amicalement,
Richard